Football Leaks : déflagrations en série dans l’univers du foot business

0
150
Football Leaks Foot Business

Le terme anglais « leaks » signifie littéralement « fuite ». Retranscrit dans le dossier qui nous interpelle ici, l’expression « football leaks » veut dire « fuites d’informations de grande ampleur », en l’occurrence dans le milieu du football. Le lanceur d’alerte à l’origine de ces révélations sur les contrats des footballeurs a commencé son entreprise le 29 septembre 2015.

Football Leaks : C’est quoi ? C’est qui ?

Une site lancé en Septembre 2015

John crée le site internet éponyme Football leaks en septembre 2015, et publie un premier message très explicite :

« Ce projet a pour objectif de dévoiler la partie obscure du football. Malheureusement, ce sport que nous aimons tous est pourri et il est temps de dire stop. Les fonds, les commissions, le racket, tous servent à enrichir certains parasites qui attaquent le football et sucent totalement les clubs et les joueurs ».

L’affaire Football Leaks est lancée, avec la publication quotidienne de documents, notamment des contrats de joueurs, et l’explication de dessous de plusieurs transferts.

Sur les traces d’un certain John

Quelle est l’identité de ce fameux John ? L’interlocuteur privilégié du lanceur d’alerte, le journal allemand Der Spiegel, est l’unique média à avoir pu le rencontrer. Les supputations sur son compte vont bon train : avocat trahissant des secrets professionnels, taupe dans les instances fédérales, agent voulant jeter l’opprobre sur ces concurrents, etc. L’hebdomadaire d’outre-Rhin décline quelques éléments sur cette personne, un Portugais, polyglotte, féru de football…pourchassé par des détectives privés, embauchés par…Doyen Sports. Néanmoins, John ne serait que le porte-voix d’une équipe œuvrant à stigmatiser cet univers, où l’argent coule à flot dans des circuits souterrains, où le blanchiment d’argent issu d’activités illicites existe, et où les intermédiaires se goinfrent.

Foot business : de révélations en révélations

Les premières informations sorties par Football Leaks concernent essentiellement les contrats de certains footballeurs et le montant des transferts. On apprend dès 2015 que Gareth Bale a coûté 100 millions d’euros au Real Madrid, pour le débaucher de Tottenham, ou encore que l’AS Monaco devrait se voir reverser 30 millions d’euros de bonus, si Manchester United le revend.

Si cet éclairage est toujours intéressant, l’affaire prend de l’ampleur, quand Football Leaks dévoile les pratiques troubles opérées par les fonds d’investissement, comme Doyen Sports. Il s’agit de fonds détenant un pourcentage des droits d’image d’un joueur. Notez que si cette démarche est désormais bannie par la Fifa, ce type de contrats, signé avant mai 2015, court toujours.

Cette fuite organisée s’interrompt le 26 avril 2016. La nouvelle stratégie est résumée par ces quelques mots : « [désormais] nous ne voulons pas publier seulement des contrats individuels ou les revenus des agents. Nous voulons que les structures plus complexes soient accessibles aux spectateurs normaux aussi. ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Le lanceur d’alerte remet 1,9 téraoctet de données informatiques (8 disques durs) à douze journaux européens, qui se forment en réseau collaboratif, l’European investigative collaborations (EIC).   

L’EIC rassemble Mediapart (France), Der Spiegel (Allemagne), El Mundo (Espagne), The Sunday Times (Royaume-Uni), L’Espresso (Italie), Expresso (Portugal), Le Soir (Belgique), NRC Handelsblad (Pays-Bas), Falter (Autriche), Politiken (Danemark), Newsweek Serbia (Serbie) et The Black Sea (Roumanie). En toute discrétion, les journalistes s’attachent à décortiquer, à analyser, et à vérifier les 18,6 millions de documents mis à leur disposition : contrats originaux, e-mails, documents, photos, échanges WhatsApp, clauses, tableurs, etc. L’investigation débouche sur la divulgation de cette enquête minutieuse le 2 décembre 2016.

Football Leaks Foot Business

Football Leaks : Les stars épinglées entre montages financiers et clauses contractuelles particulières

Des montages financiers illégales par les acteurs du foot business

Dès le 2 décembre, l’EIC annonce que des révélations concernant le Football Leaks vont s’étendre sur les 3 prochaines semaines. Et, les médias concernés démarrent en trombe, en dénonçant la dissimulation de revenus de la part de plusieurs stars du ballon rond, à commencer par la plus emblématique : Cristiano Ronaldo.

L’attaquant du Real Madrid aurait soustrait à l’impôt pour près de 150 millions d’euros, perçus au titre de ses droits d’image, donc indépendamment de son salaire. Comment ? En faisant transiter ses revenus via des sociétés écrans et des comptes offshores, à travers plusieurs pays bienveillants et fiscalement très accueillants, depuis l’Irlande, jusqu’à la Suisse, pour finir dans les îles Vierges britanniques.

Le montage financier n’est évidemment pas l’apanage du footballeur, mais aurait été conçu, testé, et approuvé par son agent, l’omniprésent Jorge Mendes. Actif dans l’univers du ballon rond depuis 2014, le Portugais gère les intérêts de grands noms, comme l’entraineur José Mourinho, et les internationaux Pepe, Ricardo Carvalho, Coentrao, James Rodriguez, Falcao, ou encore Mesut Özil. On peut noter la trame connectant le Portugal, le Real Madrid, et l’AS Monaco.

Des clauses particulières dans les contrats des footballeurs

D’autres joueurs sont ciblés pour les clauses assez étonnantes inscrites dans leur contrat. On apprend pêle-mêle que Fabio Capello, illustre entraineur, se fait grassement payer pour participer à des rencontres…de charité, que Neymar présente une facture de 83 dollars pour chaque autographe signé, ou encore que l’argentin et ancien parisien, Ezequiel Lavezzi, toucherait, en Chine, le vertigineux salaire de 2,3 millions d’euros…par mois.

A Liverpool, Mario Ballotelli se voyait attribuer une modique prime d’1,2 million d’euro, à condition…de ne pas cracher sur un adversaire. Autres anecdotes croustillantes : Thiago Silva, dont le PSG est obligé de régler chaque année, à lui et à sa famille, 8 allers-retours pour Rio, ou Hugo Lloris, qui reçoit 3 500 livres sterling, en cas de match nul de son équipe ou…de défaite !

Football Leaks : quelles sont les conséquences à venir ?

Les états, qui détournaient volontiers leurs regards sur ces dissimulations de revenus, sont obligés de réagir. En Espagne, les autorités viennent de mettre en accusation, pour fraude fiscale, trois anciens joueurs du Real Madrid : Xabi Alonso, Angel di Maria, et Ricardo Carvalho. La justice espagnole est loin d’être à son premier coup d’essai, les trois noms cités rejoignant une liste déjà bien remplie, allant de Lionel Messi, à Neymar, en passant par Samuel Eto’o.

L’écurie du super agent Jorge Mendes, la société Gestifute, a tenté de défendre ses clients fortunés, gageant que Cristiano Ronaldo et José Mourinho n’avaient jamais été inquiété par la justice, remplissant pleinement « leurs obligations fiscales ». Autre acteur sujet à controverse, le fonds Doyen Sports, qui a tenté d’enrayer la marche médiatique de Football Leaks, prétextant que les informations avaient été dérobées illégalement. Ce à quoi avait répondu John : « Nous n’avons jamais piraté personne, et comme nous l’avons toujours dit, nous ne sommes pas des hackers. Nous avons seulement un bon réseau de sources ».

Loin d’être découragée par d’éventuelles mises en garde, l’EIC compte bien aller au bout du Football Leaks, qui expose au grand jour la face sombre du foot business.

Votre avis nous interesse! Laissez un commentaire